« Mes Premiers Pas » à Dubaï

 Pour continuer sur notre thème de l’arrivée, j’ai interviewé Pauline, fraichement arrivée avec sa grande famille à Dubaï. L’arrivée dans un pays n’est pas toujours ce à quoi nous nous attendions. L’expérience de Pauline sur ses premières semaines  a encore davantage renforcé ma conviction que les conjoints d’expatriés sont vraiment des champions d’adaptabilité. 

MT : Pauline, en quelques mots, pourrais-tu te présenter? 

P : Je suis mariée, j’ai 5 enfants et je viens d’arriver à Dubaï après avoir vécu 5 ans aux Pays-Bas. Ancienne consultante en recrutement, je suis maintenant Educatrice à la Vie relationnelle, affective et sexuelle. J’anime des rencontres pour les jeunes de 10 à 18 ans.

Comment imaginais-tu ta vie à Dubaï avant d’arriver? 

Très concrètement je m’imaginais une fois installée ! Je refusais d’imaginer l’arrivée et les premières semaines. Quand j’y pensais, je me noyais, alors, dans un marasme de « Comment on va faire pour… » et cela devenait l’angoisse. J’étais aussi hantée par les trajets en voiture qui m’attendaient. J’avais donc décidé de ne pas y penser. « On verra bien » ! Une fois installée, j’imaginais une vie de rêve ! Avec la qualité de vie exceptionnelle qu’on nous vend : vous savez cet air de vacances éternelles avec une météo idyllique, un soleil permanent, une mer à 30 degrés et des week-end mythiques dans le désert ! Comment alors ne pas être heureuse de partir ! J’étais aussi attirée par cette opportunité de découvrir de plus près le monde musulman et toute sa culture ; de les comprendre davantage.

Arrivée depuis 3 semaines, comment décrirais-tu la réalité de ce que tu vis?

Alors là, c’est le désenchantement ! J’étais loin d’imaginer que nous resterions dans un hôtel pendant 4 semaines à attendre le visa de travail de mon mari. Sans ce sésame, nous ne pouvons pas signer de bail, ni même acheter une voiture ou prendre un abonnement de téléphone local. Tout prend un temps fou. Notre vie est suspendue à des démarches administratives et c’est difficile pour moi à accepter. Une vraie école de patience et de lâcher-prise. Je me rends compte également que je dois laisser derrière moi ce que j’ai vécu aux Pays-Bas. J’arrive avec mon histoire, mon vécu, mes repères et c’est difficile de ne pas comparer. Je dois lâcher mes anciens repères pour faire place à de nouveaux. Par exemple, après 5 années où nous faisions tout en vélo, repasser à la voiture et y passer plusieurs heures par jour est très éprouvant. A cause de la chaleur nous vivons à l’intérieur alors que nous avions l’habitude d’être tout le temps dehors. J’ai l’impression de vivre enfermée dans ma maison ou dans ma voiture, c’est étouffant! Quelque part j’ai un deuil à faire pour pouvoir accueillir pleinement ce que j’ai à vivre ici.

De quoi es-tu le plus fière jusqu’à présent?

Je ne ressens pas beaucoup de fierté en ce moment. Pourtant, en y réfléchissant, je suis fière d’arriver à conduire dans Dubaï et de commencer à me repérer. Je n’ai plus besoin de mon GPS pour aller à l’école ! Ca n’a l’air de rien mais c’est une petite victoire pour moi !

Qu’est-ce que tu apprécies le plus ?

Sans aucune hésitation, l’accueil très chaleureux que nous avons reçu ici. Il y a beaucoup de familles expatriées et nous nous sentons déjà très entourés. Par ailleurs, j’ai l’impression que je vais pouvoir travailler, continuer mon activité auprès des jeunes, et cela me réjouit particulièrement.

On dit souvent que l’arrivée en expatriation est comparable à des montagnes russes d’émotions ? Comment cela s’illustre-t-il avec toi ?

Effectivement je me sens particulièrement sensible aux évènements de la journée. Comme si les émotions étaient à fleur de peau. Un bon moment au téléphone avec une amie et j’ai un max d’énergie à revendre. Mais n’importe quelle contrariété même mineure m’affecte bien plus que d’habitude. En temps normal, je contrôle beaucoup mieux mes émotions qui ne font pas des grands écarts en permanence, j’arrive mieux à prendre du recul.

Quel est ton plus gros défi ?

Nous avons choisi de changer de système éducatif pour nos enfants. Ils étaient jusqu’à présent scolarisés à l’école française et nous les avons inscrit à l’Ecole Anglaise de Dubaï. Bien sûr, je m’attendais à ce que ce soit difficile mais le vivre c’est autre chose ! Ils sont complètement déboussolés par leur nouvel environnement. Quand une journée se passe bien pour eux, je me dis que la transition est enfin effectuée et que le pire est derrière moi. Et puis le lendemain, je retrouve ma petite dernière endormie en boule dans un coin de la classe n’ayant pas touché à son lunch ou encore un de mes garçons qui m’explique que c’était la pire journée de sa vie entière et que c’est décidé, il ne se fera pas d’amis dans cette école et mon cœur de maman se fend. Je me rends compte combien le bien-être de mes enfants et leur intégration est ma priorité n°1 mais aussi mon plus gros challenge !

Quel impact cela a-t-il sur toi ?

C’est émotionnellement très intense. J’ai du mal à prendre du recul par rapport aux émotions de mes enfants. Je prends tout de plein fouet ! J’ai l’impression de faire mienne chaque tristesse ou difficulté exprimée ; ils se déchargent et moi j’accueille et ça s’accumule sur mes épaules. Je voudrais être détendue pour pouvoir les accompagner le mieux possible mais c’est un sacré défi lorsque l’on se sent déjà soi-même si fébrile. Heureusement la fratrie est pour eux un oasis à partir duquel ils rechargent leurs batteries. Rien de tel qu’une bataille de polochons endiablée!

Qu’est ce que cela t’apprend ?

Je ne suis pas wonderwoman ! En touchant ainsi mes limites, je me rends compte que je dois davantage apprendre à lâcher prise et accepter de ne pas tout contrôler. Je dois être patiente et me focaliser sur les petites avancées. Et puis tout ne peut pas être parfait, je dois choisir mes priorités. Ce n’est pas grave si les enfants mangent des pâtes trois dîners de suite si cela m’a permis de passer un moment de qualité avec eux.

Comment fais-tu pour « tenir » ?

Bonne question ! Car je sais que je ne fais pas ce que je devrais faire ! Par exemple, il faudrait que je prenne davantage de temps pour moi, ne serait-ce qu’aller nager 30 minutes. Pour autant avec le peu de temps que j’ai, je choisis en ce moment de m’attaquer à ma grande liste de « To-Dos » ! Je note aussi que l’écoute attentive et le soutien de mon mari sont une aide très précieuse pour moi. Grâce à la bienveillance de sa société, il est aussi très présent. Il est tout à fait conscient que ce n’est pas facile pour moi et il cherche à m’aider comme il le peut. Et puis, j’ai aussi la conviction que nous allons être très bien ici, et que cela va être une magnifique expérience. Je ne remets jamais en cause notre choix d’avoir déménagé ici. C’est dans cette assurance que je puise ma force. J’ai l’intime conviction que ces débuts difficiles ne seront plus qu’un mauvais souvenir une fois installés.

2018-11-08T07:15:56+00:00