Tout quitter pour reconstruire une vie et une carrière ailleurs

Il y a un an j’ai rencontré Stephanie.  Elle venait d’arriver à Montréal.  Dès le début j’ai été touchée par sa volonté, son attitude positive et son envie de créer une nouvelle carrière à la hauteur de ses compétences et de ses envies.  Un an plus tard elle a trouvé sa voie dans le domaine qu’elle recherchait.  J’ai voulu en savoir plus sur son cheminement.

MT : Stephanie, pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Il y a un an je me suis installée à Montréal avec toute ma famille.  Ce changement a été un choix de vie.  Nous avons quitté la France pour venir nous installer ici au Québec.  J’ai une longue expérience dans le marketing, la conception et le positionnement de produits dans le secteur de la banque et de l’assurance.  Les dernières années, je m’étais intéressée de plus près à la gestion des changements.  J’avais pour mission d’aider ma société et mes collègues à faire face aux défis de notre environnement : s’adapter à l’ère digitale, développer l’innovation et l’engagement des employés.  Je m’étais vraiment prise de passion pour ces sujets.

Comment s’est passée ta transition de la France vers le Québec?

Mon souhait était de poursuivre une carrière ici dans le secteur bancaire/assurance, si possible.  J’avais envie de continuer à explorer les sujets de la transformation ainsi que la nécessité pour les sociétés et les personnes de pouvoir changer.  Cependant, en arrivant je me suis posée la question de savoir si les enjeux du secteur bancaire/assurance, que j’avais identifiés en France étaient bien les mêmes ici au Québec.

Quels ont été pour toi les plus grands défis ?

Très vite, j’ai fait le constat que je n’avais pas mon identité professionnelle, de repères ni de réseau localement.  J’avais tout à reconstruire.  Je savais que je disposais de bonnes capacités d’adaptation et qu’avec mon attitude d’ouverture et ma gentillesse j’allais pouvoir aller à la découverte de mon nouvel environnement. Mais tout quitter pour recréer une nouvelle vie ailleurs est venu puiser loin dans mes ressources.  Je ne m’attendais pas à un tel chamboulement, j’ai pris beaucoup sur moi.  Je me suis appliquée à moi-même les techniques d’accompagnement au changement. Pouvoir me repositionner professionnellement ici à Montréal m’a pris du temps. Je dirais même que cela a été un travail à temps plein.

Pourrais-tu partager comment tu as organisé ta démarche pour y arriver?

Venant du monde du Marketing, une de mes compétences est le lancement de nouveaux produits.  « Qu’est-ce que moi, Stephanie, je pouvais apporter au le marché du travail local ? » – voilà la question principale que je me suis posée.  J’ai appliqué le principe de l’analyse SWOT (Strenghts – Weaknesses – Opportunities – Threads).   Quelles sont mes compétences ?  Mes atouts ? Mes faiblesses ?  Disons que la première partie de ma démarche reconversion a été plutôt un voyage à l’intérieur de moi. La seconde partie a consisté à comprendre mon nouvel environnement et à identifier les opportunités et les difficultés du marché du travail.

En quoi le réseau t’a aidé dans ta démarche?

Disons que ma manière de « réseauter » comme on dit ici au Québec a évolué tout au long de l’avancement de mon projet.  Avec mon attitude d’ouverture, d’humilité, j’ai été à la découverte et me suis imprégnée par les impressions de mon nouvel environnement.  Je participais par exemple aux activités du CIP de l’association Montréal Accueil,  à des conférences professionnelles…  LinkedIN et Twitter ont été aussi des outils incroyables. Les journaux spécialisés locaux également.  Cette première étape m’a aidée, à découvrir les manières de faire au Québec, le vocabulaire utilisé, les tendances dans le secteur financier….  De cette façon, j’ai pu identifier les grands acteurs et experts dans mon domaine et mettre une stratégie en place pour les approcher et apprendre à leur contact.  Je leur proposais en général de discuter de notre expertise commune autour d’un café. Cela m’a permis de prendre des repères et de me créer un premier réseau social local.

Une vraie approche de pro?

Avec le recul, cela a l’air simple et bien organisé, mais cela a été un cheminement long avec des moments de doutes et de découragement.  Mais mon cap a toujours été clair et j’ai persévéré.  A un certain moment, comme je n’avançais pas aussi rapidement que je l’aurais souhaité, j’ai décidé de faire du bénévolat, une autre façon d’apprendre et de réseauter. Je suis clairement sortie de ma zone de confort. J’ai participé en tant que membre d’une équipe lors d’un Hackathon, animatrice d’ateliers créatifs ou encore coach de start up à des événements dans le secteur de l’innovation.  Cela m’a permis d’encore mieux comprendre le marché local, de me créer un nom et un réseau. Je me suis fait même des amis.  D’une part, je me suis bâtie une identité professionnelle en sortant, en rencontrant des personnes, en faisant du bénévolat.  LinkedIn et Twitter m’ont beaucoup apporté sur ce plan.

Peux-tu m’en dire un peu plus?

J’avais perdu toute mon image et ma notoriété virtuelle et physique en arrivant. En fait, j’ai dû me recréer une nouvelle histoire.  Celle d’Stephanie au Québec, tout en restant authentique.  Et donc une partie de mon travail a été de me reconstituer cette image et cette notoriété.

As-tu eu à faire appel à ton « ancien »  réseau dans ton projet?

Au bout de quelques mois, j’ai pensé que je pourrais me mettre à mon compte en tant que consultante, de me créer mon job à moi.  Pour cela, j’ai activé mon ancien réseau français.  J’ai créé des ponts entre la France et le Québec, en devenant « leurs yeux et oreilles » ici au Québec.  De cette expérience est née une série de trois articles LinkedIn sur les jeunes et l’assurance et un rapport sur l’innovation en assurance au Québec. Cette démarche m’a permise de me créer une première expérience québécoise – tellement importante dans une recherche – et d’emmagasiner une connaissance du marché de la banque et de l’assurance local.   En fait mon réseau français a pu me mettre en contact avec un cabinet de conseil montréalais et mon nom a commencé à circuler.  L’histoire est très jolie car elle repose sur des relations interpersonnelles. Des personnes que je connaissais ont eu cru en moi et ont eu envie de m’aider. Mais je me répète peut-être, cette recherche d’emploi a été un projet en soi !

Que retiens-tu de cette première année?

Je ne m’attendais pas à ce que cela soit aussi long.  Mais je suis aujourd’hui extrêmement fière d’y être arrivée. J’ai été très touchée par les gestes de solidarité de mon ex réseau français et l’accueil des québécois. Cela a été pour moi une découverte non seulement d’une nouvelle culture, avec ses codes et ses coutumes, mais également de moi-même.  Partir, quitter le monde que je connaissais bien et dans lequel j’étais appréciée et arriver et tout devoir reconstruire.  C’était une étape pleine de défis. Je ne savais pas que j’avais autant de ressources en moi… et d’amis !

Quels seraient tes conseils pour de nouveaux arrivants ?

Observez, observez, observez – comment s’expriment-ils ? Que font-ils ? Comment réagissent-ils ?

Soyez à l’affut de tous les conseils et rencontrez des gens, sortez de chez vous

Apprenez la langue du pays, leurs mots afin de mieux comprendre les nuances

Saisissez toutes les opportunités pour apprendre

Faites du bénévolat pour montrer ce dont vous êtes capables.

Soyez humble et imaginatif

Veux-tu encore ajouter un mot de fin?

Quitter et se reconstruire une nouvelle vie ailleurs, être déraciné de tous ses repères n’est pas une mince affaire.  Il y a un moment où l’on n’est pas tout à fait en phase.  C’est un peu comme apprendre une nouvelle langue.  Il faut donc se donner le temps, être tenace et croire en soi et son réseau.  Ce n’est pas tous les jours facile.  Une immigration consiste aussi en un travail en profondeur sur soi.  Je me rends compte que je suis toujours restée en phase avec ce que je suis, ma ligne de conduite et cela m’a aidée à réussir ce projet.

Interview réalisée par Florence ROISIN

2018-09-20T08:13:23+00:00